Si la poésie...
par Léonard Piétri
Si la poésie est une quête
un moyen de chercher
Si la poésie est une quête de faiseur
où l’intérieur et l’extérieur résonnent
Si elle est le lieu du cheminement
d’une potentielle mutation
Si la poésie est un moyen de sentir
un rapport à la vie
l’œil qui supporte d’observer le soleil
dieu sans les dogmes
Si elle n’explique rien
Si la poésie
c’est habiter le monde
sans le piller ni l’asservir
s’approcher du réel
sans être entièrement consumé
attiser son feu
sans immoler son corps
Si la poésie est une frontière perméable
entre le conscient et l’inconscient
entre le visible et l’invisible
Si elle est un moyen de sculpter son ombre
en exigeant la lumière
une manière d’être
une façon d’incarner le vivant
d’intégrer les échelons de l’amour
de déceler la vie et de la remettre à l’épicentre
Si la poésie sonde la profonde humanité
Si elle essaie de traduire le réel indiscernable
en joie sans cause
traverse les définitions et reste dans l’indéfini
dans l’indécis
l’inachevé
Si la poésie est d’abord féminine
Si elle est aussi le glaive qui sépare
Si la poésie délimite le trou intérieur
laisse le vide
vide
l’ouvert
ouvert
Si la poésie est désir et lien
Si elle sert à fabriquer son rapport au monde
à dégorger la lumière de ses fioritures
à débusquer les proies de l’ombre
dans nos champs souterrains
Si la poésie
c’est le réel qui s’en mêle
Si c’est témoigner des rendez-vous du hasard
C’est chercher le sens
et trouver ses sens
consentir à sa condition tellurique et céleste
céleste et tellurique
Si la poésie
c’est avant les mots
le sang qui circule dans leurs veines
Si la poésie sourd
Si la poésie
c’est dégripper le temps
remettre en mouvement le verbe sidéré
C’est attendre
regarder
écouter et voir
marcher
toucher
et être touché
Si la poésie est un archipel infini
Si elle n’exclut pas le prosaïque
Si elle est une tentative de vérité pluriel
une question sans réponse
Si la poésie n’est pas un tableau de chasse
Si elle est la chasse elle-même
sans rien capturer
Si la poésie est un chemin
un chemin vers sa propre humanité
vers l’altérité
Alors
peut-être
je suis poète
Ce que j’écris :
Le pot noir
Monotonie dissoute publié sur le site de l’Épître
Sourire publié dans la revue Pierres d’encre n°11 et lu par Nach (Anna Chédid) dans son podcast de poésie (8:45)
L’ouvrier-chercheur Gris majestueux & Blanc primitif : 2 carnets de poésie inspirés de l’œuvre de Grégory Morizeau. Disponible sur commande.
L’ouvrier-chercheur et l’autre figure dit pour la fête des poètes dans le cadre du jumelage d’Amboise et de Vinci.
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